La Petite Infirmière dans la Prairie

Publié par cofidoc le 06 décembre 2018

 

Après nos portraits de Mlle Peggy et La Seringue Atomique, rencontre avec Myriam Lahitte a.k.a La petite Infirmière Infirmière dans la Prairie qui a publié son premier livre en début d’année : Infirmière Tout terrain. Entretien avec une infirmière libre qui a des choses à dire.

 

 

Bonjour Myriam, merci d’avoir accepté un entretien téléphonique et de nous accorder votre confiance. On va parler de votre parcours, de l’actualité,de votre livre évidemment mais avant tout, vous nous connaissiez ?

Bonjour, oui je connaissais. Je vous ai vu sur Internet.

Sans spoiler* ce qu’il y a dans votre livre, dans les dernières pages vous faites une lettre au Président de La République et à la Ministre de la Santé. Leur avez-vous envoyé le livre ?

Non je ne leur ai pas envoyé le livre mais il faudrait que je le fasse.

Au départ cette lettre je l’avais écrit pour le blog le soir de l’élection d’Emmanuel Macron. C’était une bonne conclusion pour le livre et c’est toujours d’actualité.

C’est toujours d’actualité en effet. Hier, 20 novembre, c’était la manifestation pour les infirmières oubliées du Plan santé. Vous étiez présente ?

Non je n’ai pas pu y participer parce que dans le Centre il n’y avait rien du tout. La manifestation la plus proche était à Lyon. En plus, je me suis cassé le petit orteil il y a 2 jours du coup je n’aurais pas pu manifester.

En revanche, j’ai fait un article sur mon blog sur cet évènement. C’est vraiment décevant au niveau du nombre de manifestants, c’est dommage. On a du mal à s’unir.

Les infirmières font parties de la vie des gens et sont présentes au quotidien. Pourquoi vous n’êtes pas dans le Plan Santé ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour vous faire entendre ?

Ah si je le savais. Là je suis vraiment en colère, c’est inadmissible ! C‘est compliqué pour nous de nous faire entendre.

Les Débuts

Enfant, j’ai lu que vous vouliez être astronaute. L’un des chapitres de votre livre s’intitule “La tête dans les étoiles tu garderas”,  c’est pour compenser ?

Oui c’était un clin d’œil. Pendant longtemps j’ai voulu être astronaute mais ensuite cela m'a passé. Je me souviens d’un jour (dans les années 80) où une navette a explosé au décollage et du coup je ne voulais plus faire ça. Petite, c’est vrai j’avais plutôt la tête dans les étoiles.

En 1992, vous avez été hospitalisée dans service pour enfants et c’est à ce moment là que vous avez voulu travailler dans ce milieu, comme un déclic ?

Oui j’en ai parlé dans l’émission Vous les Femmes sur France Inter.

C’est un évènement assez marquant qui a fait que j’ai eu envie d’être infirmière. Je ne connaissais pas du tout le milieu hospitalier. Personne de ma famille ne travaillait dans ce milieu là et j’avais trouvé ça très intéressant. J’étais plus attirée par l’hôpital, je voulais être médecin hospitalier au tout départ.

En 2007 vous faites un remplacement d’une infirmière libérale à la campagne, c’est bien ça ?

Oui, avant j’avais quand même travaillé à domicile en HAD à La Réunion. J’y ai habité de 2000 à 2004 juste après avoir obtenu mon diplôme à Lyon.

J’avais travaillé quelques mois à domicile et c’était hyper intéressant, ça m’avait bien plu. J'avais bien aimé le contact avec les gens. Ensuite, on est revenu en métropole, à la campagne. J’ai travaillé quelques temps en milieu hospitalier et j’en avais un peu marre.

C’est une infirmière libérale du secteur qui m’a contacté pour me demander si je voulais essayer le libéral car elle cherchait une remplaçante. Ce n’est pas moi qui ai fait la démarche.

 

"Le soignant, ce formidable distributeur de sourires parce qu’au delà du soin,
il y a l’humain… "

 

La première journée de remplacement c’était un rythme soutenu. Ça vous a fait bizarre de vous retrouver seule, plus en équipe. Comment vous l’avez vécu ?

C’était particulier comme première journée, on avait commencé hyper tôt, c’était l’hiver. C’était chargé et fatiguant mais sympa. Vraiment différent.

La tournée était chargée, il y avait beaucoup de patients et ça vous avait plu de rentrer chez les gens dans leur intimité.

Oui c’était ça mais ce n’est pas de la curiosité. C’est plus l’équilibre des rapports entre soignants soignés.  A la campagne, on change de maison, on change d’univers.

A la campagne, en tout cas ici, il y a encore du respect pour l’ infirmière. C’est une profession qui est respectée, à l’ancienne.

C’est vraiment ce qui m’avait plu. Je ne suis pas donné de réflexion. C’était à un moment où j’avais besoin de changement dans ma vie professionnelle et c’est ce qui me correspondait à ce moment-là.

En 2009 vous vous installez à votre compte. Vous avez créé votre propre cabinet ou vous en avez intégré un ?

Oui, alors je remplaçais 2 cabinets :  une infirmière qui était toute seule et un cabinet de 2 infirmières avec qui je m’entendais super bien. Il y en a une des deux qui est partie en retraite et je me suis associée avec celle qui restait. C’était de bonnes conditions car je connaissais les patients. On est à 4 infirmières maintenant.

Naissance du Blog

 

En 2015 vous avez commencé à écrire votre blog, c’est bien ça ?

Ça faisait un moment que je réfléchissais, que j’avais envie d’écrire. Je ne savais pas trop comment l’aborder.

Il y avait des choses qui m'interpellent à la campagne et je trouvais qu’on n’en parlait pas beaucoup.

Le format blog était pas mal et quand j’ai trouvé le nom “La petite infirmière dans la prairie” j’ai commencé. L’après-midi même, je suis allée sur un hébergeur et j’ai démarré.

J’avais aussi besoin de faire un truc artistique à ce moment-là.

Vous aviez l’habitude de lire des blogs de vos consœurs ou confrères  ?

Non... Enfin si. J’avais lu un blog qui n’existe plus maintenant. C’était « Les Péripéties d’une Infirmière ». Elle écrivait bien et c’était plutôt drôle. C’est après avoir créer mon blog que j’ai connu les autres blogs.

Il m'arrive de faire des articles en commun avec d'autres infirmières blogueuses : La Seringue Atomique, Mlle Peggy, etc... Le dernier était justement sur le Plan Santé.

Infirmière tout terrain

L’éditeur vous a contacté rapidement ?

L’éditeur City m’a contacté en septembre 2017 et le livre a été publié en janvier 2018. J’ai eu un délai assez court.

Vous avez eu carte blanche ?

La seule condition était que ce soit dans le même esprit que le blog. Je n’ai rien modifié, pas une ligne. Je ne fais pas beaucoup de relecture pour garder le premier jet.

La couverture en revanche je n l’ai pas choisie ni le titre.

Est-ce que c’est thérapeutique d’écrire ?

Oui et non, c’est surtout thérapeutique quand je suis en colère, je le suis assez souvent (rires).

Ça permet de mettre des mots sur des émotions. On a eu beaucoup de soins palliatifs C’est un moyen d’évacuer. Même si je m’entends bien avec mes collègues, on ne parle pas forcément de ce que l’on ressent. C’est peut être qu’on n’a pas la possibilité de se voir quand a besoin d’en parler. On en parle au téléphone mais ce n’est pas pareil. Il y a de la pudeur aussi.
J’aimerai en parler sur le moment et ce n’est pas possible. Du coup, j’écris et je sais que ça aidera d’autres infirmières.

 

“la solitude c’est de la pudeur de ne pas dire ses sentiments”

 

C’est quoi exactement la diagonale du vide ?

Une région un peu paumée qui passe en plein milieu de la France, j’avais vu ça dans un cours d’Histoire/Géo de mon fils. C’est une bande qui passe au centre de la France entre le Cher, la Creuse, le Cantal. C’est joli comme nom.  Après La Réunion c’était un bon compromis. Je ne me voyais pas retourner en ville. La campagne m’attirait.

Il y a bien sûr des inconvénients notamment pour les transports mais c’est une région privilégiée, préservée pour l’instant.

Votre livre ce sont les 13 commandements de la petite infirmière ? C’est peut-être ce que devrait savoir toute infirmière avant de se lancer dans le libéral ?

Euh oui. Par exemple mon premier enfant je l’ai eu quand j’étais en libéral et c’était un moment compliqué. Là je me suis cassé le petit orteil et je vais travailler demain. J’ai une prévoyance mais ça ne vaut pas le coup pour un petit truc comme ça.

Beaucoup de gens, de patients, ne se rendent pas compte que nous devons assurer la continuité des soins. Beaucoup me disent aussi “ah mais je ne savais pas que le deuxième acte est à moitié prix”.

Vous dressez un portrait de votre voiture, c’est votre confidente qui entend tout et ne dit rien ?

(rires) Je l’ai changée depuis ! Si les gens me voyait dans ma voiture ils me prendraient pour une folle. Je chante, je danse beaucoup.

Est-ce que vous avez changé de station de radio le week-end ?

Par moment oui.

J’ai vu que vous étiez fan de Bernard Poirette qui est passé sur Europe 1.

Oui je l’écoute toujours. Je pense que RTL a fait une erreur de le laisser partir.

En tout cas je suis très contente car il avait parlé de mon livre. Je le lui avais envoyé avec un petit mot puisque je lui fais une dédicace dans infirmière Tout Terrain.

Mais c’est vrai qu’il y a des émissions que l’on suit avec plaisir. Par exemple, j’adore aller travailler le samedi après-midi pour écouter l’émission de Guillaume Galienne. C’est une motivation supplémentaire.

Par rapport à la misère des gens, les difficultés que vous rencontrez au quotidien,  le fait de devoir refuser des soins parce que vous ne serez pas payées, vous en parlez avec vos collègues ? Quelles solutions trouver quand il n’y en a pas, le sentiment d’impuissance reste longtemps ?

Oui on en parle… Ça m’a quand même étonné de voir autant de misère. Ça ne se voit pas quand on les croise dans la rue, par contre en allant chez eux on voit la misère dans laquelle les gens vivent. Quand je rentre chez moi j’arrive à couper même si ce n’est pas toujours évident.

Vous êtes infirmière, maman, blogueuse, écrivaine, vous gérez vous-même vos réseaux sociaux , où trouvez vous le temps pour faire votre facturation ?

On est deux associées et on le fait à deux. Je le fais souvent l’après-midi après la tournée. Des fois le soir quand j’arrive mais je ne suis pas très efficace. C’est sûr ça prend du temps.

Les séries médicales ça vous toujours rire ? Vous continuez à en regarder ?

Il y en a moins et j’ai beaucoup regardé Grey’s Anatomy et Urgences. C’est assez décalé et très bien foutu. Je suis une pro série.

Vous avez toujours en sonnerie la musique de la série The Walking Dead ?

Non j’ai changé, j’ai mis Harry Potter. Je le revendique je suis geek.

Les passages les plus durs et émouvants sont dans le chapitre “ Le Désordre des choses de la vie tu découvriras”. N‘est-ce pas trop difficile de garder une distance avec vos patients ? Surtout avec ceux que vous allez accompagner jusqu’à la fin ?

Ce n’est pas facile. C’est souvent des gens que l’on connaît d’avant, que l’on a suivi longtemps. Je garde la distance mais on ne peut pas être complètement soignant dans ces moments là.

C’est plus les accompagnants avec qui c’est difficile , les conjoints. C’est compliqué, il n’y a pas beaucoup de médecins, ils sont seuls la nuit.

Bizarrement, je ne dirai pas que j’aime faire du palliatif mais ça ne me déplait pas.

C’est difficile à la campagne et en même temps c’est bien que les patients puissent rester chez eux. J’ai l’impression que je sers à quelque chose et que c’est l’essentiel qui reste.

 

“aider les autres, ça permet de s’aider soi-même parce qu’en faisant du bien, on se fait du bien à soi.”

 

C’est important d’être libre et révoltée pour vous ?

C’est essentiel ! (rires)

J’ai un caractère très indépendant. Pourtant dans le libéral on n’est pas si libre que ça. Révoltée aussi mais je ne suis pas syndiquée ni politisée. C’est simplement ce qui me caractérise, je n’ai pas ma langue dans ma poche.

Vous continuez à publier régulièrement sur votre blog, vous envisagez la saison 2 de l‘infirmière tout terrain  ?

Pour l’instant, non. Peut-être plus tard lorsque j’aurais fait plus d’articles.

En ce moment je prépare quelque chose d’autre : un roman sur le milieu hospitalier. C’est le tout début, j’ai déjà écrit une soixantaine de pages et ça prend forme. Il y a plusieurs personnages avec notamment une infirmière. C’est un autre travail.

Merci Myriam de nous avoir accordé un peu de votre temps. On vous souhaite un bon rétablissement.

Vous pouvez retrouver Myriam régulièrement sur son blog mais aussi dans les librairies et bientôt à la télévision pour un portrait de la petite Infirmière dans la Prairie dans une émission de TF1.


Notre avis :

Ce livre est le portrait d’une infirmière de campagne sensible, empathique, bienveillante, râleuse, bordélique, geek qui roule trop vite et dit des gros mots. On a l’impression d’être passager de sa voiture , de faire la tournée avec elle en essayant de combler sa solitude.. Elle dépeint son métier qu’elle aime avec beaucoup d’honnêteté, de tendresse et de douceur.


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cofidoc