Les Infirmiers Éclaireurs

Publié par cofidoc le 28 février 2019

Lors de notre participation aux journées URPS Auvergne Rhône-Alpes, nous avons découvert l'association "Infirmiers Éclaireurs". Nous avons voulu en savoir plus.  Qui sont-ils ? Que proposent-ils ? Comment ça marche ?

Entretien avec Louise Ruiz, infirmière libérale, Présidente de la section FNI Loire, secrétaire générale adjointe URPS Auvergne-Rhône Alpes et fondatrice de l’association Infirmiers Éclaireurs. Elle nous explique tout l’intérêt de cet outil.

 

 

 

 

 

Les infirmiers Éclaireurs, qu’est-ce que c’est ?

Les Infirmiers Éclaireurs est une association loi 1901.

De manière assez régulière nous constatons des évènements chez les malades que nous soignons. Des évènements de santé qui sont soit morbides, soit mortels mais évitables.

L’objet de notre association c’est de recenser toutes ces observations, ces évènements constatés par nos infirmiers, afin de les quantifier et d’en avoir une estimation au plan régional et aussi au plan territorial.

Ceci nous permettra de mesurer les évènements les plus importants qui se produisent dans notre région. Nous sollicitons les infirmiers pour savoir quels types de projets ils souhaiteraient que l’on mette en place afin de prévenir ces évènements-là. Des projets que l’on soumettrait au ministère de la Santé.

Dans cette association, il y a aussi un comité scientifique. Il analyse les données et les restitue pour que les Éclaireurs décident ce que l’on fera de ces données.

C’est une veille sanitaire.

 

Comment ça marche ?

Tout simplement sur la base du volontariat.

Un infirmier qui veut devenir éclaireur, doit être en libéral, soit remplaçant, soit titulaire. Ensuite il se munit de son numéro Adeli, son numéro ordinal et il se connecte sur https://www.infirmiers-eclaireurs.fr pour s’inscrire. Ensuite, il télécharge une application.

 

Justement, je n’ai pas trouvé l’application ni sur Google Play ni sur l’App Store.

Oui parce que c’est sur Chrome, le navigateur internet. Il faut donc télécharger d’abord Chrome pour pouvoir utiliser l’application.

C’est une application en ligne qui fonctionne soit sur un ordinateur, soit sur un smartphone.

L’avantage c’est que l’on peut faire un signalement sans avoir Internet. Tout est très bien expliqué sur notre site.

 

Qui peut s’inscrire ? Tous les infirmiers libéraux de n’importe quel département ?

Dans un premier temps seule notre région Auvergne-Rhône Alpes est éligible. Nous voulons démarrer à l’échelle régionale.

Dans un second temps d’autres régions seront concernées. Elles sont déjà intéressées par l’outil et la philosophie du concept.

 

Ce système existe-t-il dans d’autres pays ?

Non, il est unique au monde !

 

Pouvez-vous nous donner des exemples de signalements ?

La iatrogénèse* est un signalement. Une dénutrition, une chute, un épuisement sont des signalements.

Il y a deux types de signalement : le signalement clinique et le signalement de dysfonctionnement.

Par exemple, une ré hospitalisation que l’on va activement reprogrammer ; un retour à domicile non sécurisé ; un patient qui revient à domicile avec des prescriptions suffisantes, sans fiche de liaison pour l’infirmière (qui est une obligation depuis janvier 2017).

 

Comment signale-t-on ? Quelles sont les données que doivent transmettre les Éclaireurs ?

Il y a plusieurs niveaux de données. Dans l’application tout est déjà construit, il n’y a plus qu’à cocher.

C’est dans l’anonymat le plus total, aucun nom de patient n’est identifiable.

Concrètement, on part de l’événement : quel est le signalement ? Il peut y en avoir plusieurs.
Puis on renseigne le sexe, la tranche d’âge, le lieu, l’éloignement par rapport à un hôpital. Ensuite, nous avons la relation étiologique : quelle peut être la source de l’événement qui s’est produit ?

On peut aussi compléter en notant les événements clés qui se sont produits.

Par exemple si le patient a fait une chute, on constate une fracture ou des hématomes, une suspicion d'hémorragie interne.

Enfin, il y a une partie où l’éclaireur indique si le patient peut rester chez lui, s'il déclenche une consultation médicale ou bien s’il fait hospitaliser le patient.

Il faut savoir qu’il n’y a pas de réponses bloquantes. Si l’on peut tout remplir c’est très bien.

Est-ce que les données / signalements sont partagées ? Avec qui ? Médecins ? Collègues ?

Non, les données collectées arrivent sur la plateforme de l’association ; elles sont exclusivement partagées avec le comité scientifique.

Le comité scientifiques est composé d’infirmiers experts.

Ce sont les Éclaireurs qui décideront des données qui seront externalisées et vers qui.

 

Les événements locaux signalés peuvent prémunir d’une épidémie ?

Oui. Nous sommes entrain de travailler sur un Plan Catastrophe.

 

Est-ce que cela permet réellement d’anticiper un événement mortel ?

De l’anticiper non. Pour le moment nous sommes dans la connaissance.

Aujourd’hui c’est une veille afin de recenser ; d’avoir une connaissance relativement proche de la réalité en terme de mortalité et de morbidité évitable dans notre région.

Le second objectif, c’est de travailler sur les causes afin de pouvoir les prévenir. Donc oui, on pourra les éviter grâce à des projets que l’on mettra en place.

 

Il s'agit aussi de faire de la prévention. Est-ce que c’est une forme de consultation infirmière ?

C’en est une, forcément.

Chaque fois qu’un infirmier va constater un évènement, il va faire un recueil de données et un diagnostic. Il  est déjà en consultation. Il est sur une consultation d’urgence.

Dans ces signalements on a voulu rendre visible la contribution infirmière au niveau de la santé des gens et dans l’urgence.

 

Depuis 20 mois, pouvez-vous faire un bilan ? Cela correspond à vos attentes ? Cela fonctionne ?

Le vrai lancement date d’il y a un an. Il y a deux ans c’était une phase test.

Aujourd’hui l’application fonctionne très bien. Ça répond à mes attentes par rapport aux Éclaireurs en place. En revanche, nous n’avons pas beaucoup communiqué.

Nous allons le faire maintenant. Nous avons créé les journées URPS Vir@ge Ambulatoire pour parler entre autres, de l’association.

Mon attente est d’avoir un échantillonnage le plus proche de la population infirmière de la région. A partir de cela, on pourra faire des projections.

L’intérêt est d’avoir un échantillonnage d’Infirmiers Éclaireurs dans chaque département de la région ; qu’on ait des infirmiers ruraux, urbains, etc..

 

Vous avez des objectifs à court ou moyen terme ?

L’objectif à court terme va être, cette année, de réunir l’ensemble des Éclaireurs pour leur présenter les premiers résultats qui sont assez intéressants. Ce sera au mois de juin 2019.

L’objectif à moyen terme va être d’introduire de nouveaux signalements dans l’application et de finaliser le Plan Catastrophe.

A long terme, notre objectif est que les Infirmiers Éclaireurs soient étendus au plan national. C’est une évidence absolue.  J’ai la certitude que cet outil répond à une demande de notre profession.

 

Quand vous allez vous réunir en juin, est-ce que les résultats seront rendus publics ?

Non, pas au départ. Seront rendus publics quelques traits. Ensuite, l’ensemble des données ce sont les Éclaireurs et le comité scientifique qui décideront de ce qui sera publiable.

 

Comment pouvons-nous inciter les infirmières libérales à devenir Infirmier Éclaireur ?

Un signalement se fait en 1 minute. Ce n’est pas chronophage. Un quart d’heure suffit pour s’inscrire.

Ensuite, ils auront un macaron à mettre sur leur voiture en tant qu’Infirmier Éclaireur ;  des affiches à mettre dans leur cabinet.

Ils participeront à une cause de santé publique et notamment de faire partie d’une communauté qui se rencontrer annuellement, qui va avoir la parole sur les projets que l’association va mettre en avant et négocier avec les ARS et le Ministère de la Santé ; de se positionner au cœur du système de Santé.

 

Vous êtes infirmière libérale, présidente de la section FNI de Loire, vous vous occupez de cette association, etc. Où trouvez-vous le temps pour faire votre facturation ?

(Rires !) Alors oui je suis infirmière libérale, je suis clinicienne, épidémiologiste, ce n’est pas par hasard si je suis à l’origine de ce projet et de cette association.

Comment je trouve le temps ? Je suis bien outillée et puis j’ai toujours fait ma facturation depuis le début de mon exercice. J’adore la nomenclature, je donne des cours sur la nomenclature, je suis imbattable. J’ADORE la nomenclature.

J’aime ce côté là, faire ma facturation.

 

Vous connaissiez COFIDOC ?

Je vous avais invité à une assemblée générale et vous étiez venus.

 

Oui, nous sommes bien présents dans votre région, à Veauche, Lyon, Sorbiers, Monistrol sur Loire.

C’est intéressant d’avoir des partenaires comme vous. C’est utile.

 

Merci beaucoup Louise RUIZ de nous avoir accordé du temps pour parler de votre association.

Le plaisir est partagé.

 

Les prochaines journées Vir@ge Ambulatoire auront lieu le 26 mars 2019 à Annecy et le 09 avril 019 à Lyon.
Plus d'info sur la page Facebook :

URPS Infirmiers Libéraux Auvergne Rhône-Alpes.


*La iatrogénèse est l'ensemble des conséquences néfastes sur l'état de santé individuel ou collectif de tout acte ou mesure pratiqué ou prescrit par un professionnel de santé habilité et qui vise à préserver, améliorer ou rétablir la santé. Wikipédia

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